QDN juin 2026: Un quart des Belges n’ont pratiquement aucune connaissance financière de base

QDN juin 2026: Un quart des Belges n’ont pratiquement aucune connaissance financière de base

Selon une étude ressortie de l’ING Economic Focus 1, le niveau d’éducation financière des Belges serait limité. Ce niveau dépendrait de plusieurs facteurs et entraînerait également des conséquences importantes sur les finances et l’état psychologique des Belges.

Pour réaliser cette étude, un questionnaire composé de cinq questions d’ordre financier 2 a été proposé à un échantillon de 1002 Belges de différents âges, sexes, revenus, niveaux d’éducation et types d’emploi. L’objectif était de pouvoir discerner le niveau de connaissances financières des Belges (faible, moyen et élevé). Cette étude, menée par Ipsos en 2025, a également été entreprise en Allemagne, aux Pays-Bas, en Roumanie, en Pologne et en Espagne.

Voici les chiffres qui ressortent principalement de l’analyse des questionnaires en fonction des facteurs des échantillons participant (pays, sexe …) :

  • 1 Belge sur 4 n’a pratiquement aucune connaissance financière de base.
  • 1 Belge sur 9 (11 %) est incapable de répondre correctement à une seule question du test de connaissance financière.
  • Les hommes obtiennent en moyenne plus de réponses correctes au test que les femmes
  • Les connaissances financières tendent à augmenter avec l’âge
  • Les personnes plus diplômées obtiennent des résultats nettement meilleurs que les personnes peu ou moyennement diplômées
  • 63 % des personnes ayant le plus faible score surestiment leur connaissance financière.
  • 66 % des personnes très compétentes sous-estiment leur connaissance financière.
  • Les Belges se jugent plus faibles que les autres Européens… alors que leurs résultats sont légèrement meilleurs que la moyenne des pays étudiés.
  • Les Pays-Bas (50 %) et l’Allemagne (42 %) comptent nettement plus de personnes ayant un haut niveau de culture financière, contre 33 % en Belgique.
  • 22 % des Belges ont été victimes d’une fraude entraînant une perte financière.
  • 1 Belge sur 4 qui manque de connaissances financières ne sait pas s’il a été victime de fraude.
  • 57 % des ménages disposent d’une épargne > 3 mois de revenu net.
  • Cette proportion tombe à < 50 % chez les personnes ayant un faible ou moyen niveau financier.

Ces résultats sont assez interpellants quand on sait que, selon l’étude de l’OCE 3, dans le profil socioéconomique des ménages en médiation de dettes :

  • Il y a une légère surreprésentation des hommes dans l’échantillon étudié
  • L’âge moyen des demandeurs est de 46 ans
  • Plus de 60% d’entre-eux a un niveau d’instruction limité au secondaire inférieur ou moins (37% est sans diplôme ou le diplôme primaire).
  • 48,8% des origines du surendettement sont liées à la difficulté de gérer son budget méconnaissance des notions financières de base, recours inadapté au crédit, dépenses impulsives ou manque de suivi des entrées et sorties financières).

Il est rassurant de voir que les deux études révèlent des chiffres similaires bien que quelques-uns soient divergents. Voyons justement certains de ces points clés ensemble, ci-dessous.

  • Positivité face à sa situation : Les résultats montrent que les Belges ont tendance à trouver leur situation financière passée, présente et future moins mauvaise que les personnes qui les entourent.

Si l’on fait un parallèle avec le surendettement, n’y a-t-il pas là une espèce de volonté de voir de manière plus légère sa propre situation financière ? N’y a-t-il pas une sorte de dédramatisation inconsciente des situations préoccupantes ? Ou bien serait-ce une volonté de voir spécifiquement le “bon côté” qui leur reste afin de pouvoir tenir, face à une situation difficile à supporter, tous les jours ?

  • L’auto-évaluation des connaissances financières : on observe une surestimation des capacités dans le groupe où les résultats de cette éducation financière est moindre.

Est-ce que cela pourrait expliquer, en surendettement, que de nombreux bénéficiaires ne se rendent pas compte de leur situation financière réelle ?

Les TS prennent parfois ce comportement comme un déni de la réalité mais n’est-ce pas plutôt dû au fait que ces bénéficiaires pensent « contrôler » leurs finances ou du moins, avoir une bonne connaissance de tous les aspects les concernant et donc, qu’ils surestiment, comme démontré dans cette étude, leurs connaissances et leurs capacités de gestion financière ? Ou bien si l’on considère le point précédent, la positivité, il est possible que, simplement, les bénéficiaires préfèrent voir le côté le moins catastrophique de leur situation pour ne pas s’effondrer ? Cela ne serait donc pas une surestimation de leurs capacités et savoirs financiers mais plus exactement une philosophie de vie… Les résultats de l’étude, dans ce cas-ci, ne sont pas valables.

  • L’épargne des Belges : De plus, près de la moitié des Belges n’épargne pas. Cette tendance est directement liée au niveau d’éducation financier c’est-à-dire que plus le niveau au test est élevé, plus il existe une épargne qui sera supérieure à trois mois de revenus. Autrement dit, plus le niveau financier est bas et moins il existe une épargne.

Plusieurs suppositions se posent concernant ce deuxième groupe : les personnes ne voient pas la nécessité de créer une épargne ou bien, il se pourrait aussi que, simplement, ils n’aient pas de quoi épargner ou bien encore, et nous rejoignons ainsi les résultats des études, qu’ils ne savent pas comment s’y prendre en raison de leur faible niveau d’éducation financière.

En effet, face aux nouvelles fonctionnalités numériques, les personnes avec peu de connaissances financières ont davantage de risques d’être perdues dans les démarches et les possibilités qui s’offrent à elles.

  • Insécurité financière, sommeil et revenus

Paradoxalement aux deux premiers points, à savoir, la positivité quant à leur situation comparée aux autres et l’auto-évaluation, il faut se rendre compte que, malgré tout, un Belge sur cinq se réveille la nuit en s’inquiétant pour ses finances.

Grâce à d’autres études menées à ce sujet, on sait que le revenu n’est pas innocent dans cette histoire : « Les personnes ayant un revenu plus faible sont clairement plus souvent préoccupées par l’argent. Pourtant, la même étude montre que même parmi les personnes interrogées disposant de revenus supérieurs à la moyenne, plus de la moitié d’entre elles s’inquiètent encore de leurs finances. L’insécurité financière peut donc survenir à n’importe quel niveau de revenu et n’est pas seulement le résultat d’un manque de ressources. 

 Le niveau d’éducation financière semble être un facteur important qui peut atténuer ces préoccupations. Parmi les personnes ayant un faible niveau de connaissances financières, près de 30 % déclarent rester éveillées la nuit à cause de leurs finances, tandis que ce chiffre tombe à moins de 10 % chez celles qui obtiennent un score élevé. En outre, 43 % des personnes ayant peu de connaissances financières se sentent limitées par leur situation financière et pensent qu’elles n’atteindront jamais ce qu’elles souhaitent dans la vie, soit presque deux fois plus que parmi celles qui disposent de bonnes connaissances (22 %) 4 ».

« Le stress financier n’affecte pas seulement le portefeuille, mais aussi le bien-être. Plus de la moitié des Belges se sentent émotionnellement affectés par leur situation financière (52 %), tandis que 41 % déclarent que leur santé physique est également affectée. Pour le bien-être général, ce chiffre atteint même 56 %. »

On pourrait se demander les raisons pour lesquelles les personnes avec un revenu correct et celles avec suffisamment de connaissances financières (voire les deux en même temps), ont malgré tout des préoccupations financières qui les empêchent de dormir et leur procure du stress…

L’argent, dans notre société, est devenu central. Pour certains, avoir de l’argent est une fin en soi.  Pour d’autres, il aide dans la réalisation personnelle. Ce qui est commun aux deux groupes, c’est qu’il faut connaître l’argent et savoir l’utiliser.

C’est la raison pour laquelle, avoir des connaissances en la matière protège non seulement contre les risques financiers (arnaques, mauvais placements…) mais cela pourrait renforcer la confiance en soi et l’estime de soi, le sentiment d’appartenance à la société ; diminuer le stress et l’anxiété, ce qui favoriserait un meilleur sommeil et aiderait également en cas de « coups durs financiers ».

Si l’on analyse les rendez-vous des travailleurs sociaux avec les bénéficiaires, ces derniers ont besoin d’aide en raison, justement, de leur manque d’éducation financière. Ils savent que leur gestion n’est pas bien tenue ou du moins, qu’à un moment de leur vie, cela n’a pas été le cas, ce qui cause les tracas actuels : dettes, stress, insécurité, insomnies, manque d’épargne, arnaques, ….

Dans les deux études, on souligne le fait qu’une majorité de personnes ayant réalisé le test de l’étude d’IPSOS, ainsi que les médiateurs de dettes consultés pour l’étude de l’OCE, voient un besoin structurel d’éducation financière.

Le renforcement des compétences budgétaires – via des formations dédiées, des accompagnements personnalisés ou encore un renforcement de la gestion financière/budgétaire dans les programmes scolaires – constitue une voie de prévention prioritaire.

Et vous, qu’en pensez-vous ?


 1 Rapport : ING Consumer Survey

 2 Questionnaire ING Consumer Survey

3 « Comprendre pour agir : profils et vulnérabilités des ménages surendettés en Wallonie en 2024 » OCE, novembre 2025.

4 Rapport : ING Consumer Survey